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Pouvoir d'achat

Pouvoir d'achat des retraités 2026 : l'ironie d'une hausse qui n'en est pas une

En 2026, les pensions ont bien été revalorisées. Sur le papier. Entre le gel de la complémentaire Agirc-Arrco, l'effet caché de la CSG, et un comité d'experts qui prône déjà plus de rigueur, le pouvoir d'achat des retraités stagne, voire recule. Et ce n'est qu'un début.

28/09/2026
5 min.
retraités

C’est indéniable, les pensions ont été revalorisées en 2026. Revalorisées ! Quel adjectif risible pour les 17,2 millions de retraités français, car pour beaucoup d’entre eux, leur pension va dans les faits stagner, voire baisser en 2026.

En cause : une pension complémentaire gelée pendant que la base progresse à peine, un effet CSG qui grignote ce qu'il restait de la hausse, et un comité d'experts qui recommande déjà de freiner davantage les pensions dans les années à venir.

Sans compter que les retraités n’auront pas même le réconfort de se dire que 2026, ce n’était pas leur année, et que la crise va passer : la pression démographique qui pèse sur le système ne va pas se relâcher, et plaide en faveur de la baisse des dépenses, donc des pensions.

Le tableau est définitivement très gris pour l’évolution du pouvoir d’achat des retraités dans les années à venir, dont 2026 n’est finalement que le premier sombre coup de pinceau.

0,9% d'augmentation, 0% de ressenti

L’augmentation de la pension de base est potentiellement éclipsée par le gel de la pension complémentaire en 2026, surtout si la pension totale du retraité considéré est constituée pour une large proportion par cette part complémentaire.

Rappel du mécanisme de calcul des pensions

La pension de base est revalorisée automatiquement chaque année au 1er janvier par la loi. Il n’y a pas de négociation possible ni nécessaire, le taux suit l'inflation hors tabac constatée l'année précédente.

Côté pension complémentaire Agirc-Arrco, le mécanisme est différent : la valeur du point est fixée chaque 1er novembre par le conseil d'administration (c’est à dire les partenaires sociaux), selon une formule de l'ANI (Accord National Interprofessionnel, un accord signé entre les partenaires sociaux, c’est-à-dire les organisations patronales et syndicales) du 5 octobre 2023 (inflation hors tabac estimée, moins 0,4 point, avec une marge de ±0,4 point). Elle est donc négociée, et donc gelable en cas de désaccord.

Ce qui s'est passé en 2026

La pension de base a bien été automatiquement revalorisée en fonction de l’inflation 2025, et augmente de +0,9% au 1er janvier 2026, mais la pension complémentaire Agirc-Arrco est gelée à 1,4386€ (valeur de service du point), faute d'accord entre partenaires sociaux le 17 octobre 2025. Ce gel concerne environ 14 millions de retraités du privé qui bénéficient d'une pension complémentaire.

Or, la pension totale d’un retraité du privé combine cette part de base et la part complémentaire. Si la part complémentaire représente une part importante de la pension totale, ce qui est souvent le cas, en particulier pour les anciens cadres, alors ce gel de la pension complémentaire dilue mécaniquement la maigre hausse obtenue sur l’autre partie, et la rapproche de 0% quand elle est ramenée à l’ensemble.

Prenons l’exemple de René, un retraité dont la pension est répartie comme suit : 50% sur la pension de base et 50% sur la pension complémentaire. En 2026, René verra sa pension augmenter de +0,45% au total, et non pas 0,9%. Pour un ancien cadre dont la complémentaire pèse davantage (parfois 60 ou 70% de la pension totale), la hausse réelle ressentie peut descendre encore plus bas.

La CSG (Contribution Sociale Généralisée) rajoute son grain de sel

Même pour les retraités qui auraient vu leur pension progresser un peu en 2026, la CSG se charge de reprendre la monnaie.

Le mécanisme de base

La CSG sur les retraites suit un barème à 4 niveaux, selon le revenu fiscal de référence (RFR) et le nombre de parts fiscales : exonération totale, taux réduit (3,8%), taux médian (6,6%), taux normal (8,3%), avec CRDS (0,5%) et CASA (0,3%) qui s'ajoutent à partir du taux médian. Le taux appliqué en 2026 se base sur le RFR figurant sur l'avis d'imposition 2025, donc sur les revenus de 2024 (décalage de calendrier).

Le piège du décalage 2026

Les seuils de RFR qui déterminent chaque tranche sont revalorisés chaque année selon l'inflation, en 2026, +1,8% seulement. Mais les pensions prises en compte dans ce RFR (celles de 2024) avaient, elles, été revalorisées de +5,3% au 1er janvier 2024, soit un écart de plus de 3,5 points entre la hausse des seuils et celle des pensions qui ont servi à calculer le RFR.

Cet écart plus important entre hausse des seuils et hausse des pensions fait donc basculer davantage de retraités vers une tranche supérieure que les autres années.

Double effet négatif donc en 2026 : le gel Agirc-Arrco prive certains retraités d'une partie de la hausse qu'ils auraient dû avoir sur leur pension complémentaire, et le basculement de tranche CSG vient, en plus, raboter ce qui restait de gains, pas seulement en empêchant une hausse, mais en retirant activement une part plus importante du brut.

L’effet se fera d’autant plus ressentir pour un retraité qui cumule les deux effets : le résultat net peut être une pension qui, malgré une hausse affichée de +0,9% sur la base, finit par réellement stagner voire baisser en valeur nette perçue par rapport à l'année précédente.

Cerise sur le gâteau : l'avis peu réjouissant du CSR

Le Comité de suivi des retraites (CSR) est composé de 5 experts indépendants et remet chaque année au gouvernement un avis public concernant l’équilibre du système de retraite. En 2026, son avis est clair et sans appel : il faut baisser les pensions.

Face au déficit grandissant du système de retraite, le CSR recommande une nouvelle fois de sous-indexer la revalorisation des pensions en 2026

Publié le 9 juillet 2026, le CSR est d’avis de sous-indexer la revalorisation des pensions de retraite d’au moins 2 points au total entre 2027 et 2030, plutôt qu’un gel pur et simple. Le comité avait déjà émis la même recommandation en 2025, qui avait même été intégrée au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026, avant d’être retirée par les parlementaires.

Le comité qualifie la situation du système de retraite “préoccupante d’ici 2045 et alarmante à plus long terme”, à cause du solde du système lui-même : l’écart entre les dépenses de pensions et les recettes (qui proviennent des cotisations et des impôts dédiés) progresse vite, avec un déficit prévu de 6,8 Md€ en 2030, qui se pourrait se creuser jusqu’à -2,4% du PIB en 2070.

Ce que ça représenterait concrètement

Sous-indexer signifie revaloriser moins vite que l'inflation (si l'inflation est de 2% et qu'on retire 0,5 point, la pension n'augmente que de 1,5%). Prenons l’exemple de Chantal, une retraitée qui touche 1 200 € de pension de base par mois en 2026. En reprenant les hypothèses d'inflation du COR pour les années à venir (autour de 1,75% par an) et en supposant que la sous-indexation recommandée par le CSR soit répartie uniformément sur la période 2027-2030, sa pension progresserait un peu moins vite chaque année. Résultat : en 2030, elle toucherait environ 25€ de moins par mois, soit près de 300€ sur l'année, par rapport à ce qu'elle aurait perçu avec une indexation pleine sur l'inflation. (Exemple construit à partir d'hypothèses propres, pour illustrer l'ordre de grandeur, le CSR ne fournit pas ce calcul dans son avis, qui ne se prononce que sur un pourcentage cumulé de "2 points au moins" sur la période, sans préciser sa répartition année par année.)

La pression ne va pas se relâcher après 2026, merci la démographie

Un déficit qui se creuse, de moins en moins d'actifs pour chaque retraité, un quart du budget public déjà englouti par les pensions : le gel de 2026 n'est que le premier symptôme d'une pression qui va durer.

Le déséquilibre n’est pas conjoncturel mais structurel

L’avis publié par le CSR en 2026 s’appuie sur des projections inquiétantes concernant le déficit du système de retraite : il se creuse de plus en plus, de -0,2% du PIB en 2030, à -0,9% du PIB en 2045 et jusqu’à -2,4% du PIB en 2070. Le président du CSR, Franck Von Lennep, précise que sous indexer est « un ajustement possible de court terme mais pas un levier d'ajustement de long terme ».

Le comité reconnaît qu'au-delà de 2030, à l'horizon 2040, même cette mesure ne suffira pas : des affirmations qui n’augurent rien de bon pour le pouvoir d’achat des retraités dans le futur.

La cause : un ratio cotisants/retraités qui se dégrade en continu

Le rapport entre cotisants et retraités passe de 1,8 en 2025 à 1,3 en 2070, on compte donc de moins en moins d'actifs pour financer chaque retraité, ce qui explique le solde négatif entre dépenses effectuées par le système de retraite et les recettes perçues par le système.

Le poids déjà considérable des retraites dans le budget public

Les dépenses de retraite représentent 422,2 Md€ en 2025, soit 14,1% du PIB et 24,3% de l'ensemble des dépenses publiques, donc déjà environ un quart du budget public

Les mesures de gel en 2026 ne sont qu’un prémice

Le gel Agirc-Arrco et la recommandation de sous-indexation du CSR ne sont donc pas des décisions ponctuelles liées à une conjoncture difficile, ce sont les premières réponses visibles à une pression structurelle qui va continuer de s'exercer sur les décennies à venir. Le CSR le dit lui-même : la sous-indexation jusqu'en 2030 ne suffira pas au-delà « des mesures devront être décidées et mises en œuvre à moyen-terme ».

Ce que ça signifie pour les retraités

2026 n'est pas un pic isolé de mauvaise conjoncture inflationniste : c'est le début visible d'une trajectoire durable de pression sur le pouvoir d'achat des pensions, qui structure déjà le débat politique à venir.

2026, une mise en bouche amère pour le pouvoir d’achat des retraités

Au bout du compte, l'équation est simple : une hausse affichée qui ne se traduit pas dans les faits, un système de calcul fiscal qui joue contre les retraités au pire moment, et des experts qui préparent déjà le terrain pour aller plus loin. Rien de tout ça n'est un accident de parcours.

La vraie question n'est donc plus de savoir si le pouvoir d'achat des retraités va continuer à s'éroder, mais à quel rythme et sur qui l'effort va porter en priorité. Le débat, lui, ne fait que commencer : entre la conférence Travail Emploi Retraite dont les conclusions sont attendues à la rentrée 2026, et les échéances électorales de 2027 qui s'annoncent déjà comme un moment clé pour trancher ces arbitrages, les retraités auraient tort de voir dans la baisse de 2026 un simple mauvais quart d'heure.