Pouvoir d’achat en France versus autres pays : où vit-on le mieux ?
Salaires, prix, logement, services publics : la France est-elle encore un pays où l'on vit bien ? Comparatif chiffré 2026 avec l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne, la Pologne ou le Royaume-Uni pour savoir où le pouvoir d'achat est réellement le plus élevé.


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Découvrir mon offreLa France est-elle encore un pays où l'on vit bien ? Son PIB par habitant est désormais inférieur à la moyenne de l'Union européenne, alors que le niveau de vie médian de ses habitants reste supérieur à celui de la plupart de leurs voisins.
Pour démêler ce paradoxe, cet article explique d'abord comment comparer le pouvoir d'achat entre pays, à travers trois indicateurs de référence, le standard de pouvoir d'achat et les limites des classements. Il situe ensuite la France en Europe, de sa richesse par habitant à son niveau de vie médian, en passant par le poids de ses services publics et la remontée des pays de l'Est et du Sud. Il compare également les prix, le salaire minimum, les salaires moyens et le coût du logement, avant d'opposer la France à l'Allemagne, à la Suisse et au Luxembourg, à l'Europe du Sud, à la Pologne et aux pays anglo-saxons. Il confronte enfin ces chiffres au bonheur déclaré et propose une lecture selon votre profil.
Comment comparer le pouvoir d'achat d'un pays à l'autre ?
Comparer des salaires en euros ne suffit pas, car un euro n'achète pas la même chose à Lisbonne et à Copenhague. Cette partie présente les trois indicateurs de référence, l'outil qui neutralise les écarts de prix et les pièges des classements grand public.
PIB par habitant, niveau de vie médian, consommation effective : trois mesures, trois classements
Le PIB par habitant rapporte la richesse produite chaque année dans un pays à sa population. Il renseigne sur la vitalité d'une économie, mais il ne dit pas combien d'argent arrive réellement dans la poche des habitants. Au Luxembourg, par exemple, ce ratio est gonflé par les nombreux travailleurs frontaliers, qui participent à la production nationale sans être comptés dans la population résidente. L'Irlande illustre le même décalage : son PIB par habitant atteint 238 % de la moyenne européenne en 2025, alors que la consommation par habitant de ses résidents se situe simplement dans la moyenne de l'UE.
Le niveau de vie médian mesure autre chose. Il correspond au revenu disponible d'un ménage, après impôts et prestations sociales, divisé par le nombre d'unités de consommation, pour la personne qui se situe exactement au milieu de la distribution. Cet indicateur décrit donc la situation financière d'un habitant « ordinaire ».
La consommation individuelle effective (CIE) va encore plus loin. Elle additionne les biens et services que les ménages paient eux-mêmes et ceux dont ils bénéficient sans les financer directement, parce que l'État ou une association les prend en charge, comme les soins ou l'école. Selon Eurostat, elle reflète mieux que le PIB le confort matériel réel des ménages.
La parité de pouvoir d'achat et le SPA, l'outil qui rend les comparaisons possibles
Un même euro n'a pas la même valeur partout en Europe. La parité de pouvoir d'achat (PPA) corrige cet écart en comparant le prix d'un même panier de biens et de services d'un pays à l'autre. Eurostat en tire une monnaie de référence fictive, le standard de pouvoir d'achat (SPA), qui permet d'acheter la même quantité de produits dans chaque pays de l'Union.
Un exemple fictif permet d'illustrer le principe. Si un panier de courses coûte 100 € en moyenne dans l'UE, 130 € au Danemark et 80 € au Portugal, un salaire de 2 000 € permet d'acheter environ 25 paniers à Lisbonne, mais seulement 15 à Copenhague. À revenu égal en euros, le pouvoir d'achat réel varie donc presque du simple au double.
Cette correction modifie sensiblement les classements. En 2023, la Belgique occupait la 4e place de l'UE pour le salaire moyen ajusté au temps plein, avec 57 989 €, mais elle grimpait au 2e rang une fois ce salaire converti en SPA. Plus largement, le salaire moyen le plus élevé de l'Union était six fois supérieur au plus faible en euros, alors que ce rapport tombait à environ 2,5 après correction des prix.
Les limites des comparaisons internationales
Les moyennes nationales masquent d'abord de fortes disparités géographiques. Un salaire jugé confortable à l'échelle de l'Espagne peut s'avérer juste à Madrid ou à Barcelone, où les loyers dépassent largement ceux des villes moyennes. Les indicateurs d'Eurostat portent sur l'ensemble d'un pays, si bien qu'ils sous-estiment la pression qui s'exerce dans les grandes métropoles.
La moyenne peut ensuite induire en erreur. Quelques très hauts revenus suffisent à tirer un salaire moyen vers le haut, alors que la majorité des salariés gagne nettement moins. Le revenu médian, qui partage la population en deux moitiés égales, reflète mieux la réalité du plus grand nombre, surtout dans les pays très inégalitaires comme les États-Unis.
Enfin, toutes les sources ne se valent pas. Les sites collaboratifs comme Numbeo agrègent des prix déclarés par les internautes, principalement dans les grandes villes, ce qui en fait des repères utiles mais approximatifs. Les statistiques d'Eurostat, de l'Insee ou de l'OCDE reposent au contraire sur des méthodes harmonisées entre pays, et ce sont elles qui servent de base à la plupart des comparaisons de cet article.
Où se situe la France en Europe en 2026 ?
Selon l'indicateur retenu, la France apparaît en recul ou en bonne position. Cette partie détaille sa richesse par habitant, son niveau de vie médian, sa consommation effective et la dynamique des autres pays européens.
Un PIB par habitant passé sous la moyenne européenne
Pendant longtemps, la France s'est située au-dessus de la moyenne européenne. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Une fois corrigé des écarts de prix, son PIB par habitant atteint l'indice 98 en 2025, alors que la moyenne de l'Union européenne est fixée à 100. Le pays se situe ainsi 2 % sous cette moyenne.
Ce recul n'a rien d'un accident ponctuel. L'indice français s'établissait encore à 103 en 2020 et à 101 en 2021, avant de passer à 97 en 2022, puis à 99 en 2023 et à 98 en 2024. L'année 2025 marque donc la quatrième année consécutive sous la moyenne européenne. Eurostat range d'ailleurs la France parmi les économies riches dont l'indice a glissé progressivement vers la moyenne au cours de la dernière décennie, aux côtés de la Suède, de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Finlande.
La comparaison avec le voisin allemand est parlante. L'Allemagne affiche un indice de 115 en 2025, soit une richesse par habitant supérieure d'environ 17 % à celle de la France. La France devance en revanche l'Italie, dont l'indice est estimé à 96.
Un niveau de vie médian qui reste au-dessus de la moyenne
Le tableau change dès que l'on regarde ce dont disposent réellement les ménages. En 2024, le niveau de vie médian atteint 26 459 € en France, contre 22 939 € dans l'ensemble de l'Union européenne. Exprimé en standard de pouvoir d'achat, il s'établit à 23 792 SPA en France, contre 22 638 SPA dans l'UE. La France occupe ainsi le 10e rang des 27 pays membres, 11e en SPA.
Cette position reste toutefois modeste au regard des pays les plus prospères. En SPA, le niveau de vie médian d'un Luxembourgeois dépasse celui d'un Français de près de 60 %, et celui d'un Autrichien d'environ 36 %. L'Italie et l'Espagne, que l'on imagine souvent loin derrière, ne sont quant à elles qu'à 5 à 6 % de la France une fois les prix corrigés.

Source : Insee d'après Eurostat (EU-SILC), juillet 2026. L'année indiquée correspond à l'année de perception des revenus.
Le tableau met en évidence un effet intéressant : l'Italie et l'Espagne gagnent beaucoup de terrain lorsque l'on passe des euros aux SPA, car leurs prix sont plus bas. L'Espagne, par exemple, se situe sous la moyenne européenne en euros, mais elle s'en rapproche fortement en pouvoir d'achat réel.
Les services publics, un pouvoir d'achat invisible
Le niveau de vie médian ne capte qu'une partie de la réalité. Un Français ne paie qu'une faible part de ses soins médicaux, la scolarité de ses enfants est en grande partie gratuite, et une partie des ménages bénéficie d'un logement social ou d'aides au logement. Ces services ont une valeur bien réelle, même s'ils n'apparaissent pas sur la fiche de paie.
La consommation individuelle effective permet justement de les prendre en compte. Elle neutralise ainsi les différences d'organisation entre pays, puisqu'un soin dentaire remboursé par l'État en France et payé directement par le patient ailleurs est compté de la même façon dans les deux cas.
Sur cet indicateur, la France remonte nettement dans le classement européen. Selon une analyse publiée par Crédit Agricole en mars 2026, elle se hisse au 6e rang de l'Union européenne, au-dessus de la moyenne et loin devant l'Italie, classée 11e. Ce résultat confirme que le modèle social français, financé par des prélèvements élevés, se traduit en partie par un pouvoir d'achat « en nature ». En 2025, seuls 8 pays de l'UE dépassent la moyenne européenne sur cet indicateur, avec le Luxembourg (+45 %), l'Allemagne (+20 %) et les Pays-Bas (+19 %) en tête.
Une avance qui fond face à l'Europe de l'Est et du Sud
Si la France conserve une position enviable, son avance se réduit d'année en année. Entre 2019 et 2024, son niveau de vie médian en SPA a progressé d'environ 22 %, alors que la moyenne de l'Union européenne augmentait de 26 %. Dans le même temps, la Pologne a connu une hausse proche de 49 %, tandis que l'Espagne et le Portugal ont progressé d'environ 35 %.
Ces écarts de rythme modifient progressivement la hiérarchie européenne. En 2019, le niveau de vie médian d'un Espagnol représentait environ 85 % de celui d'un Français une fois les prix corrigés, contre 94 % en 2024. L'avance de la France sur la moyenne européenne est elle aussi passée d'environ 9 % à 5 % sur la même période.
Ce mouvement de convergence est en partie une bonne nouvelle pour l'Europe, puisqu'il témoigne du rattrapage rapide des pays d'Europe centrale et orientale. Sur le long terme, la Bulgarie a par exemple vu son PIB par habitant passer de 49 % à 68 % de la moyenne européenne entre 2015 et 2025. Ce rattrapage relève mécaniquement la moyenne européenne et complique la comparaison pour les pays déjà riches. Il signale néanmoins que la France progresse plus lentement que la plupart de ses partenaires, ce qui pèse sur la perception qu'ont les Français de leur pouvoir d'achat.
Prix, salaires, logement : ce que l'on gagne et ce que l'on dépense
Le pouvoir d'achat résulte d'un rapport entre revenus et prix, et le logement en est souvent l'arbitre. Cette partie compare les niveaux de prix, le salaire minimum, les salaires moyens et le poids du logement.
Une France plus chère que la moyenne, mais loin de la Scandinavie et de la Suisse
En 2025, le niveau général des prix à la consommation en France dépasse la moyenne européenne, sans figurer parmi les pays les plus chers. Eurostat place le Luxembourg en tête, avec des prix supérieurs de 48 % à la moyenne de l'UE. Viennent ensuite le Danemark, l'Irlande, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas, où les prix dépassent la moyenne de plus de 20 %. La France appartient au peloton suivant, avec l'Autriche, la Belgique et l'Allemagne, tandis que l'Italie et l'Espagne restent légèrement sous la moyenne et que la Bulgarie et la Roumanie affichent des prix inférieurs de 40 à 50 %. Hors de l'Union, la Suisse et l'Islande se détachent nettement, avec des prix supérieurs de 71 % et de 84 % à la moyenne européenne.
Ces écarts s'expliquent en grande partie par la nature des produits achetés. Un smartphone, une voiture ou un litre de carburant coûtent à peu près la même chose d'un pays à l'autre, car ces biens s'échangent sur un marché mondial. Les services locaux, comme la restauration, la coiffure ou la garde d'enfants, dépendent au contraire du coût de la main-d'œuvre sur place. Un pays où les salaires sont élevés aura donc des services chers, et inversement. C'est pourquoi un salarié portugais paie son déjeuner bien moins cher qu'un Danois, alors que son ordinateur lui revient presque au même prix.
Le Smic français parmi les plus protecteurs d'Europe une fois corrigé des prix
Au 1er janvier 2026, le salaire minimum brut atteint 1 823 € par mois en France. Ce montant place la France parmi les six pays de l'UE dont le salaire minimum dépasse 1 500 €, aux côtés de la Belgique, des Pays-Bas, de l'Allemagne, de l'Irlande et du Luxembourg, qui détient le record avec 2 704 €.
La correction des prix resserre fortement les écarts entre pays. Exprimé en SPA, le salaire minimum va de 886 en Estonie à 2 157 en Allemagne, soit un rapport de 1 à 2,4, contre 1 à 4,4 en euros. La France fait partie des huit pays où il dépasse 1 500 SPA, avec l'Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique, l'Irlande, la Pologne et l'Espagne. La présence de la Pologne et de l'Espagne dans ce groupe montre qu'un salaire minimum modeste en euros peut offrir un pouvoir d'achat comparable à celui des pays riches lorsque les prix sont bas.
Cette comparaison ne couvre toutefois que 22 pays. Le Danemark, l'Italie, l'Autriche, la Finlande et la Suède n'ont pas de salaire minimum national, car les rémunérations plancher y sont fixées par les conventions collectives.
Salaires moyens : la France derrière ses voisins du Nord, la Suisse hors catégorie
Le salaire moyen raconte une histoire moins flatteuse pour la France. Selon Eurostat, le salaire annuel moyen ajusté au temps plein atteignait 39 800 € dans l'Union européenne en 2024, en hausse de 5,2 % sur un an. La France dépasse cette moyenne, mais reste nettement distancée par les pays d'Europe du Nord et de l'Ouest.
Les données de l'OCDE pour 2025 permettent d'élargir la comparaison au-delà de l'Union. Le salaire brut moyen s'élève à 45 964 € en France, contre 66 700 € en Allemagne et 65 340 € au Royaume-Uni. La Suisse reste le seul pays d'Europe où il dépasse 100 000 €. La correction des prix ne change pas cette hiérarchie au sommet, puisque la Suisse conserve la première place. Elle bouleverse en revanche le reste du classement : l'Allemagne gagne cinq places et passe de la 7e à la 2e position, grâce à des prix plus modérés que ceux du Luxembourg ou des pays nordiques.

Source : OCDE, Taxing Wages 2026. Les montants en PPA (parité pouvoir d’achat) sont exprimés en dollars, car l'OCDE ne publie pas encore cette conversion en euros.
Même corrigé des prix, le salaire moyen allemand reste supérieur d'environ 40 % au salaire français. L'écart avec l'Italie et l'Espagne se réduit en revanche nettement en PPA, ce qui confirme l'effet des prix plus bas dans le sud de l'Europe.
Le logement, poste qui fait basculer la comparaison
Le logement est la dépense qui transforme le plus un bon salaire en pouvoir d'achat réel, ou au contraire l'absorbe. En 2025, 7,7 % des Européens consacraient au moins 40 % de leur revenu disponible à se loger, un seuil qu'Eurostat associe à une situation de surcharge. Ce taux culmine en Grèce (26,4 %) et au Danemark (23,4 %), alors qu'il ne dépasse pas 2,4 % à Chypre.
En France, le logement pèse 28 % du budget des ménages en 2025, selon le Compte du logement publié en septembre 2026. La pression se fait aussi sentir dans le ressenti : d'après le baromètre Ipsos pour le Secours populaire de 2026, 33 % des Français déclarent avoir du mal à payer leur loyer, leur emprunt ou leurs charges, soit cinq points de plus qu'un an plus tôt.
Les grandes métropoles européennes montrent à quel point le logement peut annuler un avantage salarial. À Dublin, le loyer moyen d'un nouveau bail dépasse désormais 2 000 € par mois. À Amsterdam, un deux-pièces dans le parc privé se loue fréquemment plus de 2 200 €, et à Munich, un appartement d'une chambre en centre-ville dépasse souvent 1 700 €. Dans ces villes, un salaire nettement supérieur à celui d'un Parisien peut ainsi laisser un reste à vivre équivalent, voire inférieur.
France versus pays clés : le match pays par pays
Chaque comparaison raconte une histoire différente, entre salaires élevés absorbés par les loyers et revenus modestes compensés par des prix bas. Cette partie oppose la France à l'Allemagne, à la Suisse et au Luxembourg, à l'Europe du Sud, à l'Europe de l'Est, puis aux pays anglo-saxons.
France versus Allemagne : des salaires plus hauts et une consommation supérieure
L'Allemagne devance la France sur presque tous les indicateurs. Son PIB par habitant atteint l'indice 115 en 2025, contre 98 pour la France. L'écart se retrouve dans le quotidien des ménages : le niveau de vie médian allemand s'élève à 26 594 SPA en 2024, soit environ 12 % de plus que le niveau de vie médian français. En consommation individuelle effective, l'Allemagne se classe deuxième de l'UE en 2025, avec un niveau supérieur de 20 % à la moyenne européenne.
Les salaires creusent encore la différence. Le salaire brut moyen atteint 66 700 € en Allemagne en 2025, contre 45 964 € en France, et l'écart reste proche de 40 % une fois corrigé des prix. Le salaire minimum allemand, fixé à 2 343 € par mois en janvier 2026, est aussi le plus élevé de l'UE en pouvoir d'achat, avec 2 157 SPA. La pression fiscale ne fait pas la différence, puisque le coin fiscal (qui mesure l'écart entre ce que coûte un salarié à son employeur et ce que ce salarié touche réellement une fois tous les prélèvements payés) d'un salarié moyen atteint 49,3 % en Allemagne, contre 47,2 % en France.
Son avance se réduit toutefois, puisque son niveau de vie médian a progressé deux fois moins vite que celui de la France entre 2019 et 2024.
France versus Suisse et Luxembourg : des salaires records face à des prix records
Le Luxembourg et la Suisse forment une catégorie à part. Le salaire brut moyen dépasse 100 000 € en Suisse et atteint 77 844 € au Luxembourg, contre 45 964 € en France. En parallèle, ces deux pays affichent des prix parmi les plus élevés d'Europe, avec un niveau supérieur de 71 % à la moyenne de l'UE pour la Suisse et de 48 % pour le Luxembourg.
Contrairement à une idée répandue, ces prix n'annulent pas l'avantage salarial. Même après correction, la Suisse conserve le salaire moyen le plus élevé d'Europe en parité de pouvoir d'achat. Au Luxembourg, le niveau de vie médian atteint 37 673 SPA, soit près de 60 % de plus qu'en France, et la consommation par habitant dépasse de 45 % la moyenne européenne. Le coût du logement y reste toutefois très élevé, et de nombreux salariés du Luxembourg et de Suisse résident d'ailleurs en France, en Belgique ou en Allemagne.
France versus Espagne, Portugal et Italie : moins de revenus mais un quotidien plus abordable
L'Europe du Sud offre des salaires nettement plus faibles. Le salaire brut moyen s'élève à 36 594 € en Italie et à 32 678 € en Espagne, contre 45 964 € en France. Les prix plus bas réduisent pourtant fortement l'écart réel : en 2024, le niveau de vie médian atteint 22 624 SPA en Italie et 22 408 SPA en Espagne, soit seulement 5 à 6 % de moins qu'en France. Le salaire minimum espagnol illustre bien ce phénomène, puisqu'il dépasse 1 500 SPA malgré un montant brut nettement inférieur à celui du Smic français.
L'Espagne se distingue aussi par sa dynamique. Son PIB par habitant est passé de l'indice 82 en 2020 à 92 en 2025, alors que celui de la France reculait. Le Portugal reste plus en retrait, avec un niveau de vie médian de 16 634 SPA. La forte hausse de l'immobilier y érode d'ailleurs l'avantage du coût de la vie : le pays a enregistré la plus forte hausse des prix des logements de l'UE au deuxième trimestre 2026.
France versus Pologne et Europe de l'Est : un rattrapage spectaculaire
La Pologne illustre mieux que tout autre pays la convergence européenne. Son niveau de vie médian a bondi d'environ 49 % entre 2019 et 2024 pour atteindre 19 925 SPA, et son PIB par habitant est passé de l'indice 78 en 2020 à 81 en 2025. Son salaire minimum, de 1 139 € par mois en janvier 2026, dépasse lui aussi 1 500 SPA une fois corrigé des prix, au même titre que celui de la France.
L'écart avec la France reste réel, puisque le niveau de vie médian polonais demeure inférieur d'environ 16 %. La tendance de fond est néanmoins claire. Sur dix ans, la Bulgarie est passée de 49 % à 68 % de la moyenne européenne en PIB par habitant, et la Roumanie, la Croatie et la Lituanie suivent une trajectoire comparable.
France versus États-Unis et Royaume-Uni : des salaires plus élevés, une protection sociale plus mince
Le Royaume-Uni offre des salaires plus élevés que la France, et les deux pays anglo-saxons appliquent des prélèvements plus légers. Au Royaume-Uni, le salaire brut moyen atteint 65 340 € en 2025, soit 82 329 dollars en parité de pouvoir d'achat, contre 67 273 pour la France. Le coin fiscal d'un salarié moyen s'établit à 32,4 % au Royaume-Uni et à 30 % aux États-Unis, contre 47,2 % en France.
Ce gain apparent a toutefois une contrepartie. Aux États-Unis, les ménages financent eux-mêmes une grande partie de leur assurance santé, et au Royaume-Uni, les frais universitaires et la garde d'enfants pèsent lourd dans le budget des familles. Les écarts sont aussi plus forts en bas de l'échelle : le salaire minimum fédéral américain stagne à 7,25 dollars de l'heure depuis 2009, même si de nombreux États appliquent un plancher plus élevé. Les États-Unis restent avantageux sur certains postes, comme le carburant, dont les taxes sont très faibles.
Tableau récapitulatif

Sources : Insee d'après Eurostat (PIB par habitant et niveau de vie médian) ; Eurostat (salaire minimum brut mensuel).
Alors, où vit-on le mieux ?
Le pouvoir d'achat ne dit pas tout de la qualité de vie, et le meilleur pays dépend aussi de la situation de chacun. Cette partie confronte les chiffres au bonheur déclaré, puis propose une lecture par profil.
Pouvoir d'achat et bien-être : ce que révèle le World Happiness Report 2026
Le World Happiness Report classe chaque année les pays selon la note que leurs habitants attribuent à leur propre vie, sur une échelle de 0 à 10. L'édition 2026 confirme que le bonheur déclaré ne suit pas mécaniquement le pouvoir d'achat. La Finlande reste en tête pour la neuvième année consécutive, avec une note d'environ 7,76, devant l'Islande et le Danemark.
La France, elle, recule au 35e rang avec une note de 6,586, soit son plus mauvais classement depuis la création du rapport en 2012. Le contraste avec la Pologne est frappant : alors que son niveau de vie reste inférieur à celui de la France, elle grimpe au 24e rang, son meilleur résultat historique.Les analyses de ce classement mettent en avant le rôle de la confiance dans les institutions et de la perspective d'une amélioration future, au-delà du seul niveau de revenu.
L'écart entre générations renforce ce constat. Les Français de plus de 60 ans placent leur pays au 25e rang mondial, alors que les moins de 30 ans le relèguent au 48e. Le sentiment de stagnation semble donc toucher davantage les jeunes actifs, ce qui peut nourrir chez eux l'envie de tenter leur chance ailleurs.
Le bon pays dépend de votre profil
Pour le salarié au SMIC, la France fait partie des pays les plus protecteurs, puisque son salaire minimum dépasse 1 500 SPA, comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique. Seuls quelques voisins font nettement mieux, et un départ vers l'Europe du Sud ou de l'Est n'apporte pas de gain de pouvoir d'achat réel.
Pour un cadre à hauts revenus, partir peut être plus avantageux, car la Suisse, le Luxembourg et l'Allemagne offrent des salaires supérieurs même après correction des prix. En France, la part prélevée sur chaque hausse de salaire dépasse 58 % pour un salarié moyen, ce qui freine la progression du revenu disponible.
Pour une famille, l’avantage de la France est qu’elle compense des prélèvements élevés par des services publics étendus, comme l'école gratuite, la prise en charge des soins ou les aides à la garde d'enfants. Ces avantages pèsent beaucoup moins pour un célibataire que pour un foyer avec enfants, qui en profite chaque jour. À noter cependant, L'OCDE indique que la France affiche l'un des coins fiscaux les plus élevés pour un couple à un salaire avec deux enfants (39,1 %).
Pour un retraité, une pension versée en euros gagne du pouvoir d'achat dans les pays où les services coûtent moins cher, comme l'Espagne, l'Italie ou le Portugal. Il faut toutefois tenir compte de l'envolée des loyers dans les grandes villes et de l'accès aux soins dans le pays d'accueil.
Pour un travailleur à distance payé avec un salaire français, les écarts de prix jouent beaucoup, puisqu'il conserve un revenu français tout en profitant d'un coût de la vie plus bas en Europe du Sud ou de l'Est. Avant de partir, il doit cependant vérifier les règles de résidence fiscale et de protection sociale, qui peuvent rendre l'opération moins avantageuse qu'elle n'en a l'air.
La France reste un pays confortable, mais ne peut plus se reposer sur ses acquis
Les comparaisons internationales dessinent une France paradoxale. Le ménage médian y dispose toujours d'un niveau de vie enviable, en grande partie grâce à des services publics qui allègent son budget sans apparaître sur sa fiche de paie. Ce socle protège particulièrement les bas salaires et les familles, pour qui un départ à l'étranger se révèle rarement plus avantageux.
Le constat est plus nuancé pour les revenus élevés et pour les jeunes actifs, qui voient leurs voisins progresser plus vite et ressentent davantage la stagnation. Pour eux, l'herbe peut effectivement être plus verte ailleurs, à condition de regarder au-delà du salaire affiché.
Au fond, aucun classement ne remplace un calcul personnel. Avant de comparer deux pays, il vaut mieux estimer son propre reste à vivre, en tenant compte du loyer, des prélèvements et des services dont on bénéficie réellement.


